Bonjour à vous,
A propos de la fameuse raréfaction du moineau domestique et de quelques autres, voici la lettre que j’adresse au CORIF qui prétend s’en soucier tout en protégeant et soutenant le développement des faucons en ville !
Avez-vous déjà considéré la question sous cet angle ?
Meilleures salutations
pour me joindre par mail : maud.van.valen.@loyensloeff.com
Alain-Claude Galtié
32, Passage du Désir
75010 Paris
le 6 juin 2006
Centre Ornithologique d’Ile de France
Bonjour,
Depuis très longtemps sensible aux difficultés croissantes vécues aujourd’hui par les oiseaux, je m’efforce de soutenir leurs populations tant à la campagne qu’à Paris. Dans la ville, j’ai, avec des voisins et de façon non concertée, contribué à repeupler le quartier en oiseaux depuis deux ans (principalement des moineaux, mais aussi des merles et quelques autres). Le changement est spectaculaire depuis qu’ils trouvent à manger, à boire, à se baigner et à se reposer dans la verdure en plusieurs endroits protégés de la circulation.
Malheureusement, je viens de constater que cette embellie est compromise par l’arrivée de prédateurs totalement incongrus en ville : des faucons crécerelle, là où ils ne peuvent que nuire, là on ne peut que les considérer comme des pestes. En effet, nous ne protégeons pas les oiseaux pour les voir mettre à mort !
Donc, je m’apprêtais à contacter une association d’ornithologie pour discuter de ce nouveau problème quand, au hasard d’un détour par Internet pour jeter un oeil aux infos sur ce faucon, j’ai découvert que votre groupe se félicite de la multiplication des sites de nidification des petits faucons, voire de plus gros, cela à Paris. J’ai même découvert que des nichoirs spéciaux avaient été installés !
Et je vois par ailleurs que vous êtes aussi de ceux qui se préoccupent de la raréfaction des moineaux… Alors, là, il y a un gros gros problème ! Un problème écologique élémentaire, même. Les passereaux qui ont déjà beaucoup de mal à nicher, à se nourrir et à échapper aux automobiles (lourd tribut), aux pollutions, aux corneilles et aux pies, n’avaient pas besoin qu’on introduise /ou qu’on encourage l’arrivée de bourreaux surdoués dans leur espace déjà considérablement appauvri. C’est une aberration.
Est-il besoin de souligner que la ville est très différente du biotope des petits faucons ? Il leur y est plutôt difficile d’y capturer les petits rongeurs, comme ils le font à la campagne. Ceux-ci restent tapis dans les maisons et les caves, bien à l’abri. Quant aux gros insectes et aux batraciens… Aussi, vous ne pouvez ignorer au détriment de quelle population ils prospèrent en ville. Faute de rongeurs et d’insectes, les faucons déracinés chassent les passereaux, à peu près exclusivement ; et tout particulièrement les moineaux qu’il leur est très aisé de capturer - beaucoup trop facile entre les murailles nues des immeubles. Les feuillages où ils pourraient se dissimuler y étant plutôt rares !
Samedi dernier, alors que je n’étais présent chez moi qu’une fraction de la journée et n’ai pas vraiment passé ma vie devant la fenêtre, j’ai été témoin de la capture d’un jeune moineau par un crécerelle, à 2 mètres, sans que mon intervention dissuade le faucon de poursuivre son attaque. Ce printemps, j’avais déjà entr’aperçu cet oiseau dans le ciel du quartier et avais espéré qu’il ne faisait que passer. Cette fois, j’ai craint qu’il n’y ait pris ses habitudes et suis devenu plus attentif. Et, en effet, j’ai vu un deuxième moineau - un adulte - se faire prendre, seulement deux à trois heures plus tard. Le lendemain, dimanche, seulement en l’espace de trois heures passées à travailler près des fenêtres ouvertes, ce sont deux autres moineaux que j’ai vu exécuter.
Des faucons se sont donc installés dans le quartier pour profiter de l’aubaine représentée par cette population de moineaux que des hommes ont aidé à se réinstaller. Nous en sommes à regretter ce que nous avons fait puisque ces malheureux oiseaux sont maintenant réduits à l’état de stock de nourriture pour ces nouveaux prédateurs.
Quatre moineaux en deux jours, cela dans un petit passage, un espace de seulement 3000 m2. ! Avec toutes les prises que j’ai manquées, combien cela fait-il en réalité ? Quelle moyenne pour toute la ville ? Merci de faire l’estimation en fonction de vos données sur la surpopulation de faucons qui, elle, n’a pas de prédateurs capable de la modérer.
J’avais déjà vu l’un de ces petits faucons à l’oeuvre dans le quinzième arrondissement où j’habitais auparavant. Là encore, la victime était l’un des rares moineaux du coin. Plusieurs années plus tard, le phénomène s’est manifestement aggravé. Au rythme effréné du massacre, il n’y a rien de surprenant à ce que les moineaux soient en fort déclin. La population de notre quartier n’excédait pas quarante oiseaux au début des naissances. Et les moineaux ne sont pas les seuls à être menacés… Un couple de pouillots a passé l’été chez nous pendant deux ans. Il est revenu au début du printemps mais a disparu. Bouffé sans doute. De même ces mésanges charbonnières que je ne vois plus. Les martinets également beaucoup moins nombreux et moins présents dans l’espace proche. Vraiment, il est stupéfiant que vous n’évoquiez pas les faucons comme cause de la « mystérieuse » raréfaction des moineaux en ville et que vous fassiez des déclarations sur le « grand intérêt que présentent les faucons crécerelle » dans la ville.
N’y a-t-il aucune prise de conscience qu’une très grosse bêtise a été commise et qu’il ne serait pas bête de commencer à réparer, et vite ?
Chez nous, si rien n’est fait pour stopper la dégradation, il ne restera plus que les pigeons à la fin de l’été. Comme auparavant.
Lundi, alerté par une alarme générale chez les oiseaux, j’ai revu un crécerelle mais, bien heureusement, il était pris en chasse par les martinets - ce que ne savent pas faire nos moineaux urbains manifestement tétanisés par l’irruption des intrus.
Mardi. Occupé à jardiner depuis moins d’une demi-heure, j’assiste à une nouvelle capture. Cinq moineaux en quelques heures de présence à proximité des fenêtres, cela sur quatre jours, c’est énorme ! La fréquence des prises semble indiquer qu’il y a des petits à nourrir. Ce qui est encore plus inquiétant. A ce rythme, nous pourrons très bientôt faire le deuil de notre population reconstituée de moineaux, de merles et autres.
Il y a grande urgence à prendre des mesures pour sauver les passereaux, telles que la suppression des nichoirs pour ces prédateurs délocalisés et, justement, une énergique opération de relocalisation dans les campagnes où ils pourront à loisir boulotter les campagnoles et les insectes en surnombre.
Salutations d’un écologiste
Répondre à ce message